La propriété intellectuelle, enjeu du sommet de Copenhague
L'usage des flexibilités de l’accord sur les ADPIC : un point de tension dans les négociations internationales sur le climat
"L’Accord sur les ADPIC de l’OMC comporte un certain nombre de dispositions, souvent appelées flexibilités, qui peuvent significativement faciliter le transfert de technologie. Cependant de nombreux experts indiquent que si les devoirs de protection des droits des détenteurs de propriété intellectuelle conférés par l’accord sont pris très au sérieux par les États membres, les droits qui garantissent en théorie un équilibre entre protection et intérêt public, et permettent notamment aux pouvoirs publics d’assurer la sécurité nationale, la protection de la santé ou de l’environnement, ne sont pas jugés de la même importance selon les pays considérés.
Ainsi, les pays en développement sont-ils vivement encouragés à ne pas faire usage des flexibilités de l’accord sur les ADPIC et à appliquer les règles de protection de la propriété intellectuelle les plus strictes qui soient — il s’agit d’une tendance générale qui prévaut quelque soit le domaine depuis les années 1980.
Ces questions font actuellement l’objet de fortes polémiques dans le cadre des négociations qui se déroulent en perspective de la conférence de Copenhague. Un certain nombre de pays en développement revendiquent en effet la mise en avant de ces flexibilités et la prise d’engagements afin d’en faciliter l’usage et d’en intégrer l’utilisation aux solutions apportées pour l’avenir."
L' article 44 de l'accord ADPIC
(...) l’une des options pour permettre un accès ouvert aux technologies et le développement de la recherche est l’usage de l’article 44 de l’accord sur les ADPIC qui concerne les injonctions (voir infra) (...) qui "permettent au gouvernement d’utiliser ou de permettre l’utilisation d’inventions brevetées sans que le détenteur des droits puisse l’en empêcher, en échange d’une compensation financière".
Transfert de technologie : la « propriété intellectuelle » en embuscade à Copenhague par Gaëlle Krikorian, 5 novembre 2009
De l'avis de certains, '"Les positions que la Commission européenne soutient dans ces négociations peuvent nuire directement aux efforts des États pour faciliter la production et la diffusion de technologies non polluantes."
Le dilemne est donc le suivant : les pays développés exigent des pays en développement qu'ils mettent en oeuvre des politiques environnementales qui nécessitent l'utilisation de technologies dont les droits sont le plus souvent détenus par les pays riches.
Si l'accord ADPIC prévoit dans certains cas, notamment par le biais de "licences obligatoires", qu'un pays peut permettre l’utilisation d’inventions brevetées sans que le détenteur des droits puisse s'y opposer, moyennant indemnisation à négocier, il est clair que les pays riches qui ont supporté le coût de la recherche de ces inventions s'efforcent de limiter au maximum ces pratiques qu'elles estiment préjudiciables à leurs intérêts économiques.
Ce à quoi les pays en développement répondent que si les pays riches sont vraiment déterminés à protéger l'environnement, ils ne peuvent contraindre les pays les plus pauvres à acquérir au prix du marché des technologies non-polluantes, alors même que ces derniers sont d'ores et déjà incapables de financer le développement de secteurs prioritaires tels que la santé, l'agriculture ou l'éducation.
A l'occasion du sommet de Copenhague, la logique du marché exigeant une juste rémunération pour les inventeurs s'oppose à la logique politique d'une gouvernance planétaire qui reste à inventer. L'enjeu de cette conférence sur le climat qui fut un temps dramatisé, est aujourd'hui relativisé, les Etats-Unis ayant d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne sera qu'une étape parmi d'autres à venir (soft conference), sur le long chemin menant à l'adoption d'une véritable politique climatique mondiale.
La polémique entre les pays du riches et les pays en développement sur l'utilisation des "licences obligatoires" est l'une des pierres d'achoppement contre lesquelles la conférence de Copenhague risque de se fracasser. Certes, le pire n'est jamais sûr, mais quelles que soient les difficultés à surmonter les antagonismes, l'opinion comprendrait mal que les négociations en cours n'aboutissent pas rapidement à des prises de décisions effectives annonçant des engagements forts.
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ENFORCEMENT OF INTELLECTUAL PROPERTY RIGHTS
SECTION 2: CIVIL AND ADMINISTRATIVE PROCEDURES AND REMEDIES
Article 44
Injunctions
1. The judicial authorities shall have the authority to order a party to desist from an infringement, inter alia to prevent the entry into the channels of commerce in their jurisdiction of imported goods that involve the infringement of an intellectual property right, immediately after customs clearance of such goods. Members are not obliged to accord such authority in respect of protected subject matter acquired or ordered by a person prior to knowing or having reasonable grounds to know that dealing in such subject matter would entail the infringement of an intellectual property right.
2. Notwithstanding the other provisions of this Part and provided that the provisions of Part II specifically addressing use by governments, or by third parties authorized by a government, without the authorization of the right holder are complied with, Members may limit the remedies available against such use to payment of remuneration in accordance with subparagraph (h) of Article 31. In other cases, the remedies under this Part shall apply or, where these remedies are inconsistent with a Member's law, declaratory judgments and adequate compensation shall be available.
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Article 44
Injonctions
1. Les autorités judiciaires seront habilitées à ordonner à une partie de cesser de porter atteinte à un droit, entre autres choses afin d'empêcher l'introduction dans les circuits commerciaux relevant de leur compétence de marchandises importées qui impliquent une atteinte au droit de propriété intellectuelle, immédiatement après le dédouanement de ces marchandises. Les Membres n'ont pas l'obligation de les habiliter à agir ainsi en ce qui concerne un objet protégé acquis ou commandé par une personne avant de savoir ou d'avoir des motifs raisonnables de savoir que le négoce dudit objet entraînerait une atteinte à un droit de propriété intellectuelle.
2. Nonobstant les autres dispositions de la présente partie et à condition que soient respectées les dispositions de la Partie II visant expressément l'utilisation d'un droit par les pouvoirs publics, ou par des tiers autorisés par des pouvoirs publics, sans l'autorisation du détenteur de ce droit, les Membres pourront limiter au versement d'une rémunération conformément à l'alinéa h) de l'article 31 les mesures correctives possibles contre une telle utilisation. Dans les autres cas, les mesures correctives prévues par la présente partie seront d'application ou, dans les cas où ces mesures correctives seront incompatibles avec la législation d'un Membre, des jugements déclaratifs et une compensation adéquate pourront être obtenus.
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Climate change and compulsory licencing
"According to the TRIPS agreement, if there is a patent on a product, a process or a technology, a firm or agency in a country in which the patent is operating can request for a voluntary license from the patent holder, in order for the firm to make or import generic versions of the patented product or technology. The patent holder will normally charge a price (royalty or license fee) for granting the license. If the patent holder refuses to give a license, or if the price charged is too high, the firm or agency can apply to the government to grant it a “compulsory license”. Alternatively, a government that wants to have access to generic versions of a product or technology can itself take the initiative to issue a compulsory license.
Compulsory licensing is an option that developing countries now seriously consider for climate friendly technology.
"The Brazilian Foreign Minister Mr Celso Amorim in his speech at the plenary of the Bali climate conference in December 2007 said that inspiration should be drawn from the case of TRIPS and medicines, and that a similar statement regarding TRIPS and climate friendly technologies should be considered. As result, developing countries would issue compulsory licenses for climate technologies.
(...) There are already examples of developing countries and their firms being hampered from adopting climate friendly technologies or products due to there being patents on these products, and due to the unreasonable demands made by the patent holders on companies in developing countries that requested a voluntary license from the patent holder. The case of Indian companies [1] finding great difficulties to obtain a voluntary license from the patent holder of a chemical that is a environmentally-friendly substitute to CFCs (which is to be eliminated under the Montreal protocol) is a well documented case."
WN Bangkok Climate Change Talks Briefing Paper 2 Brief Note on Technology, IPR and Climate Change The US Chamber of Commerce "fears that these countries could take away clean energy technology from U.S. right holders by securing a modification of the Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights (TRIPS) as part of negotiations for an international climate change pact. Such use of technology could lead to a reduction in capital investment in research and development of such environmentally sound technologies (ESTs), Chamber sources said". Chamber Fears Climate Talks Could Set the Stage for TRIPS Changes 15 May, 2009, Inside US Trade « Humanity may be facing the single greatest threat to its future in history, yet significant political disagreements still stand in the way of common action needed to combat what will be a common crisis. One potential blocking point appears to be whether compulsory licensing may be encouraged for poor countries needing climate technologies ». Mara, Kaitlin (2009), « Bangkok Climate Meeting Leaves Political Issues, Compulsory Licences Unresolved », IP-Watch, 12 October 2009 _________________ [1] Climate Change, Technology Transfer and Intellectual Property Rights K.Ravi Srinivas, RIS (RIS-DP # 153) [pdf] (RIS is a New Delhi-based autonomous policy think-tank supported by the Government of India and devoted to trade and development issues. Its work programme focuses on policy research and capacity building on multilateral trade and financial negotiations, regional economic cooperation in Asia, South-South cooperation, technologies and development, and strategic policy responses of developing countries to globalization, among other issues.)
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